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Accablant rapport 2010 du Secours Catholique. Il montre une aggravation
de la précarité des jeunes de 18-25 ans. Dans les Vosges, la
dégradation est plus forte : encore moins de travail et de revenu que
dans le reste du pays. La nouvelle génération, pourtant plus qualifiée,
souffre de la pénurie de l’emploi. Deux volontaires du CCFD à Épinal,
Audrey et Lison, témoignent de leur expérience. La mission ouvrière
animée par l’abbé François Bresson multiplie aussi les initiatives au
service des autres. Et les nombreux bénévoles du Secours Catholique
restent mobilisés dans l’espérance.
Quelque chose se passe. Au-delà
de la précarité économique,
familiale, professionnelle, les
chrétiens de la mission ouvrière
ressentent l’espérance,
grâce aux liens créés avec la
population des quartiers.
Brasser la vie réelle, aller à la rencontre
des gens, témoigner de sa foi par des
actes. La mission ouvrière se porte à la
rencontre des quartiers. Pour cela, elle
privilégie le travail en équipe : “On n’est
pas tout seul”, répète l’abbé François
Bresson, qui assume depuis six ans ce
service diocésain sous l’autorité directe
de l’évêque.
Avec Pierre-Jean Duménil,
le délégué diocésain passe beaucoup de
temps à coordonner les actions menées
dans différents quartiers et villes du
département : “Notre rôle, c’est d’interpeller
l’Église diocésaine et les paroisses
pour ne pas négliger les quartiers. A Épinal,
on a une commission qui regroupe,
par exemple, le Secours Catholique, la
conférence Saint-Vincent-de-Paul et
l’association “la Flamme” de la Zup.”
Toutes les nourritures
De quoi mieux servir la population,
mieux se rapprocher des problèmes de
précarité ou de logement : “On s’est
préoccupé de deux familles expulsées
pour n’avoir pas payé leur loyer. Servir
l’humain, c’est être confronté aux personnes
qui ont des fins de mois difficiles,
qui manquent de nourriture dès le 15 du
mois – c’est pour cela qu’on a un projet
d’épicerie sociale. Mais c’est aussi
répondre aux attentes spirituelles de
ceux qui recherchent le sens de leur vie.”
Et de citer l’exemple de deux mamans
de la Vierge qui ont demandé à faire
leur première communion et sont allées
jusqu’à la confirmation : “Être humain,
c’est un tout - l’âme et le corps sont
liés.”
Symbole exemplaire : au quartier de la
Justice à Épinal, Betty Bourion, animatrice
de proximité, accueille les personnes
venues chercher de l’alimentation
dans une salle voisine : “On essaie
de rassembler autour d’un café convivial
et de petits gâteaux, de se parler un peu ;
cela débouche sur un partage : les visiteurs
sont en confiance, ils en viennent
à poser des questions. Alors que spontanément,
ils ne seraient pas venus frapper
à la porte de l’église.”
Servir l’humain, goûter l’évangile
Rendre l’Église plus proche du monde
ouvrier, y annoncer Jésus-Christ et
l’Évangile : autant d’actions coordonnées
entre les mouvements – la JOC,
l’ACO, l’ACE – et poursuivies entre les
villes : Épinal, Saint-Dié, Rambervillers,
Neufchâteau, Gérardmer, Remiremont…
François Bresson évoque aussi
le travail des religieuses qui, à l’instar
des sœurs Thérèse Hurlin à la Justice à
Épinal et Odile Thiriet à la Vierge, sont
implantées “dans le monde ouvrier
et populaire.”
Il cite l’engagement de
diacres comme Pierre Henry et son épouse Marie-Anne auprès de la JOC
et de l’ACE ; “Depuis plusieurs années,
on a mis l’accent sur la pastorale des
quartiers : comment ne pas les abandonner
?” Le 24 décembre, à Épinal, la
mission ouvrière partagera un repas
avec les personnes seules à la Quarante
Semaine. Fidèle à son slogan national,
adopté à la rencontre de Nantes : “Servir
l’humain et goûter l’Évangile.”
Les autistes et handicapés lourds ont besoin de contacts avec leur famille. depuis leur domicile, les parents des résidents de la maison mosaïque peuvent suivre les activités à l’atelier en temps réel.
Les “Intouchables”... La précarité, pour
les personnes souffrant de handicap
lourd, tient à leur isolement et à leur
enfermement. Peu de possibilité de
faire des rencontres et de s’épanouir.
Dès 1989, le comédien Michel Creton
s’est battu pour la prise en charge des
personnes autistes ou polyhandicapées.
Un combat qui l’a mené jusqu’à l’Elysée
et à Saint-Dié, où il a trouvé des alliés.
En 1993, la “maison du XXIe siècle” est
née en plein coeur de la ville de Christian
Pierret. Objectif : ouvrir la structure aux
parents, aux associations, aux citoyens,
qui peuvent se ressourcer au contact
de l’autre. Offrir aux pensionnaires une
éducation personnalisée et le partage
de la vie urbaine. Avec Mosaïque, inaugurée
en octobre, 28 résidents – enfants
et adultes – bénéficient d’une nouvelle
maison pilote à la domotique et aux
équipements sophistiqués. Pour une
autonomie et un bien-être accrus, et,
finalement, davantage d’humanité.
Audrey et Lison ont rejoint le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement). Un engagement qui leur permet de trouver “une denrée rare” : l’estime d’elles-mêmes.
Elles ne sont pas bénévoles, mais volontaires.
Audrey et Lison ne sont pas rémunérées,
mais elles ont signé un contrat.
Pendant six mois, elles consacrent 24
heures par semaine à une forme de service
civique : mettre leurs compétences
à la disposition du CCFD. Leur mission :
“Faire de l’éducation au développement
en allant dans les écoles, les paroisses”,
explique Audrey. De l’éducation contre
la faim, pour la santé, la tenue du budget…
Cette année, elles vont se pencher
plus particulièrement sur le thème de
l’équité homme/femme. C’est l’optique
retenue par la région Alsace-Lorraine du
CCFD.
“A dix ans, j’ai rencontré quelqu’un…”
Si Audrey et Lison ont été choisies, c’est
en raison de leur motivation, de leur formation
et de leurs engagements. Toutes
deux sont originaires de Nancy. Titulaire
d’un Master 2 en communication humanitaire,
Audrey a déjà roulé sa bosse.
Un an à faire des petits boulots et deux
ans et demi à effectuer des stages ONG
sur le terrain, et pour une agence de
communication : “J’ai passé une année
et demi au Pérou, pour m’occuper des
enfants défavorisés puis au Chili et au
Vénézuela, où j’ai été assistante marketing
pour l’Alliance Française”. “Je suis
attachée aux valeurs de la solidarité et à
l’âge de dix ans, j’ai rencontré quelqu’un
venu parler sur le terrain de l’action du
CCFD. Cela m’a marquée.”
A l’école de la JOC
Chez Lison, c’est le militantisme à la JOC
qui a affirmé la vocation du service des
autres : “J’ai été responsable d’équipe
pendant deux ans à Nancy. J’y ai connu
le CCFD. Ma mère y est accompagnatrice
et a reçu l’annonce. Je me suis dit ; pourquoi
ne pas poser ma candidature ? C’est
l’occasion de connaître autre chose.
BEP
vente, bac STG Communication-gestion
des ressources humaines : Lison n’a pas
trouvé d’employeur susceptible de lui
proposer un BTS en alternance : “je voulais
faire un BTS management des unités
commerciales. Les entreprises préfèrent
prendre des “bacs pros”, moins chers
et plus expérimentés grâce aux stages
sur le terrain. A l’école de la JOC, Lison
a beaucoup appris : discuter avec les
jeunes de milieu populaire m’a initiée
à la solidarité. Il s’agissait de communiquer,
de monter des projets avec eux, de
leur montrer comment on peut s’insérer
dans la vie active.
“La solidarité, c’est addictif”
“La solidarité, c’est addictif : quand
on se met au service de son prochain,
quand on consacre son temps à une
cause importante, on a du mal ensuite
à faire autre chose”, confie Audrey :
“L’important, c’est de donner un sens
à sa vie, en utilisant son temps à une
activité qui change quelque chose en
faveur des autres. Au CCFD, Audrey et
Lison ne sont pas chargées des tâches
courantes : elles sont appelées à travailler
sur une mission, sur leur cœur
de métier. C’est l’avantage du statut
de volontaire.
Créé en 2004 à l’initiative
de Martin Hirsch, ex- secrétaire
d’État à la solidarité, ce contrat est
géré par l’agence nationale de service
public. Il n’est pas un contrat d’embauche,
mais il permet aux jeunes de
dédier une année à une mission dont
ils ont envie et de s’engager dans la
vie active.
François soulage, président national
du secours catholique, l’a souligné
en dévoilant son rapport à
Pont-à-Mousson le 15 novembre dernier
: la précarité progresse, particulièrement
chez les jeunes. mais
les 92 antennes du secours catholique
restent mobilisées et font des
propositions pour combattre les
ravages de la pauvreté : prolongation
des allocations familiales ou
attribution du RSA aux moins de 25
ans par exemple. la balle est dans
le camp des pouvoirs publics. questions
à Claude Marchal, président du
Secours Catholique des Vosges.
Église dans les Vosges (EDV) : On compte quelque 2430 bénévoles du Secours Catholique en Lorraine. Observe-t-on une mobilisation proportionnelle dans les Vosges ? Claude Marchal (CM) : Avec 645 bénévoles actifs dans notre département, le bénévolat vosgien du Secours Catholique est, proportionnellement, nettement plus important que dans les autres départements lorrains. Cela nous réjouit et démontre un attachement des Vosgiens aux valeurs du Secours. Pour autant, compte tenu des projets qu’il est possible d’envisager à destination des plus démunis, nous ne sommes pas encore assez nombreux et toutes les bonnes volontés seront accueillies avec plaisir.
EDV : La Lorraine demeure une terre
d’accueil où seuls 13% des plus défavorisés
sont abrités dans un logement
précaire. Comment expliquer cette solidarité
bien supérieure à celle du point de
vue national ?
CM : Seules 10% des personnes que nous
avons accompagnées sont effectivement
hébergées dans des logements
précaires. Je ne suis pas sûr qu’il soit
possible d’utiliser ce critère pour définir,
la notion de terre d’accueil. Disons simplement
que notre parc de logements
disponibles est certainement plus
important, et n’oublions pas la lente
décroissance démographique que subit
notre département (perte globale de
1,7% de la population depuis 1990).
EDV : En revanche, la Lorraine accueille
plus de femmes avec enfants : plus de
2% qu’au niveau national. Selon vous, à
quoi ce phénomène est-il dû ? Est-il aussi
aigu dans les Vosges ? Quelles réponses
sont-elles les plus adaptées ?
CM : La proportion des mères isolées
avec enfants correspond à 29% des
situations que nous avons accompagnées.
Plus globalement les personnes
en difficulté avec enfants atteignent
chez nous près de 60% des personnes
accueillies en 2010 (53% au niveau lorrain
et national). L’importance des
emplois sous-qualifiés et les niveaux de
revenus constituent un début d’explication
et illustrent ce que dénonçait le rapport
2009 : le reste à vivre est souvent
insuffisant pour faire face aux dépenses
courantes du ménage. Cela nous oblige
à appréhender globalement la situation
de ces familles et à rechercher tous les
moyens pour leur permettre de faire
face : boutiques solidaires, accompagnement
scolaire, aides aux vacances,
jardins solidaires...
EDV : Seules 15% des personnes qui frappent
à la porte du Secours catholique
disposent d’un emploi en Lorraine, soit
2% de moins que la moyenne française.
Cette proportion est-elle la même pour
les Vosges ?
CM : Ce pourcentage est hélas encore
plus faible chez nous : seulement 12%
des personnes accompagnées ont
un emploi, sachant que les deux tiers
d’entre elles relèvent en plus d’un emploi précaire. C’est la triste illustration
de la fragilité et de l’évolution du
marché actuel de l’emploi.
EDV : Les Lorrains en précarité sont
davantage dépendants des aides
sociales que la moyenne des Français.
Ces aides représentent 86% de leurs
revenus contre “seulement” 75% au
point de vue national. Cela tient-il à
la faiblesse du revenu moyen vosgien
(821€ contre 915€ dans le pays) ? Et la
politique d’austérité risque-t-elle d’entraîner
une restriction des aides qui
aggraverait alors la situation des Lorrains
en précarité ?
CM : En réalité le chiffre de 86% correspond
au nombre de personnes suivies
qui n’ont pour seules ressources que ces
revenus sociaux. Dans les Vosges, 94%
des personnes accompagnées vivent de
transferts sociaux. Dans ce contexte, il
est évident qu’une politique d’austérité
qui toucherait ces aides ne pourrait
qu’avoir des effets encore plus contraignants
pour ces ménages. Le siège
national du Secours Catholique est très
attentif et, sans nier le contexte actuel,
ne manquera pas de faire des propositions
pour toujours plus de justice et de
fraternité.