L’Evêché de Saint-Dié... Notre Dame d’Autrey (détail)
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Reprenant à l’heure de sa retraite en 1985 les recherches de toute sa vie, Mgr Bontems avait conçu le plan d’une monographie de sa chère abbaye Notre Dame d’Autrey. Mais la mort, lui arrachant la plume des mains le 3 mars 1988, ne lui permit pas de l’achever. Ce qui était rédigé a été publié dans trois livraisons consécutives du "Bulletin de la Société philomathique vosgienne" (1991-92-93) par les soins de Mlle Jacops et de M. l’abbé Cuny. Ils l’ont fait précéder en liminaire d’une précieuse notice sur l’auteur, rédigée en collaboration avec deux de ses anciens élèves, M. l’abbé Bernard Soligot, et M. l’abbé Claude Marion, ce dernier héritier des notes et des recherches de Mgr Bontems, son parent. Tout serait à citer, tant Mgr Bontems a minutieusement travaillé, recopiant avec une patience méritoire- en ces temps où la photocopie n’existait pas - les documents précieux qu’il retrouvait. Il savait laisser parler les vieilles chartes et les vieilles pierres. Et ce résumé ne pourra être qu’imparfait au regard du modèle.
Prié d’attendre, et vraisemblablement sur le conseil de Saint Bernard, il offrit aux chanoines réguliers de l’ordre d’Arrouaise, qui vivaient sous la règle de Saint Augustin, réformée sur le modèle de la "charte de Charité" de l’ordre de Cîteaux. Le 4 janvier 1163 Étienne s’éteignait "plein d’années et de mérites" revêtu de l’habit de Clairvaux, preuve suprême d’une amitié que les admonestations reçues de Bernard (motivées par ses violences peu évangéliques parfois) n’avaient point entamée. Fondée en 1149, Autrey sera durant 5 siècles la 22° ; filiale de l’ordre d’Arrouaise. Monseigneur Bontems donne un aperçu de ses constitutions :
L’ordre est sous la houlette d’un abbé général fixé à Arrouaise, mais qui doit être présent aux élections dans les filiales, les visiter tous les ans, présider chaque année le 23 septembre à Arrouaise la chapitre général qui doit obligatoirement réunir tous les abbés de l’ordre. Trente et un abbés gouverneront Autrey dans le temps que l’abbaye appartiendra à l’ordre d’Arrouaise, et chacun y laissera sa trace.
Après l’abbé Stévenel, quatre abbés encore gouvernent Autrey dans l’obédience d’Arrouaise, mais la guerre de Trente ans, si désastreuse pour la Lorraine, marquera la fin de cette juridiction. L’abbaye pillée par les armées impériales, l’Abbé Nicolas Laurent, "mort à force de coups" sans doute dans la bataille de Rambervillers fin août 1635, les religieux dispersés et "toutes les maisons renversées et brûlées " voici Notre Dame d’Autrey déserte et désolée. Mais Nicolas Laurent avait résigné sa charge abbatiale avant sa mort, en faveur de son neveu Nicolas Seronville. Vingt ans après, quand le calme revint, l’Abbé Seronville, conscient du fait que la Maison d’Arrouaise, ruinée aussi, ne pourrait rien pour Autrey, se tourna vers la Congrégation des Chanoines réguliers de Notre Sauveur. Elle aussi sous la règle de Saint Augustin, cette Congrégation avait été réformée en Lorraine par "le Bon Père" Saint Pierre Fourier.
L’Abbé Général était alors le Père Terrel, qui signa le 6 mai 1656 l’acte d’Union à Autrey à la Congrégation. Tout n’était pas résolu pour autant, et l’abbé Seronville crut bien faire en se démettant quatre ans plus tard en faveur d’un chanoine de Toul, l’abbé Pierre Midot, devenu abbé commendataire. Il s’était engagé à employer une grande partie de ses revenus au relèvement d’Autrey, mais disent les vieilles chroniques, "il n’y contribua en rien du tout, mais bien plutôt à achever de désoler l’abbaye".
Il ne s’y résigna pas, et sur le conseil de l’Évêque de Toul, Mgr de Bissy, entérina l’élection à la charge abbatiale du Père Sulpice Pastoret, cette fois comme abbé régulier. C’était un bâtisseur : il avait déjà relevé à Strasbourg l’église de la paroisse Saint Louis. Il fut l’homme du sauvetage d’Autrey, et releva tout, monastère et abbatiale, sur le plan que nous connaissons, avant de mourir le 1° ; avril 1721 dans le nouveau pavillon abbatial de son abbaye restaurée. Après lui, trois abbés réguliers encore régiront l’abbaye, mais au décès du 3° ; en 1748 le duc Stanislas de Lorraine usa des pouvoirs qu’il avait obtenu du Pape pour nommer le comte d’Estissac - simple clerc tonsuré - au siège abbatial. Quand il le quitta pour se marier trois ans après, lui succéda l’abbé Rome, abbé commendataire lui aussi, mais qui laisse les biens et revenus de la mense abbatiale aux prieurs et religieux, ainsi que fit aussi son successeur en 1775. Deux ans après, Pie VI créait le diocèse de Saint-Dié, et lui donnait pour premier évêque l’abbé d’Autrey, Mgr de Chaumont. La mense abbatiale faisait partie de la mense épiscopale : Autrey perdait son titre d’abbaye, mais allait continuer à servir le diocèse en tant que prieuré…jusqu’à ce que la Révolution le désole une fois de plus.
Ce que n’avaient pu faire ni les guerres, ni les tribulations, le séisme de 1789 l’obtint. Pourtant il n’y eut pas de bataille à Autrey : les religieux se retirèrent sans violence, et seuls le prieur et son procureur demeurèrent à leur poste - jusqu’à la vente opérée le 8 juin 1791. L’acquéreur était un maître de forges de Mortagne nommé Joseph Colombier. L’église devenait manufacture de tréfilerie, mais du moins ne devait pas être profanée par un culte sacrilège. Le propriétaire qui aurait même voulu conserver la relique de Saint Hubert et les objets du culte de l’abbatiale, avait fait élever un mur au niveau du transept, et de ce fait les autels étaient respectés. Ses petits-neveux lui succédèrent à la tête de la tréfilerie, mais leur affaire périclitant, et leurs finances obérées par la faillite d’autres manufactures, ils furent contraints de mettre le domaine en vente en 1849. Neuf longues années passèrent : les rares amateurs reculaient devant le coût de la remise en état.
Après avoir beaucoup hésité, Mgr Caverot, alors évêque de Saint-Dié, se décida à racheter le domaine en 1858, pour y ériger un petit séminaire qui serait pour son diocèse "le mémorial du dogme de l’Immaculée Conception défini quatre ans auparavant"
Hélas, le recrutement se raréfiait : deux petits séminaires étaient de trop pour le nombre d’élèves. Il fallait en sacrifier un et choisir entre Autrey et Châtel, malgré les protestations des supérieurs d’alors. "si on abandonne Autrey, les pierres crieront ! " disait le Père Vautré. Et le Supérieur, le Père Detté, prophète de malheur : " ce n’est pas le Préfet qui me fait peur, c’est l’Évêque ! ". Il n’avait pas tort : Mgr Foucault prit effectivement la décision de fermer Autrey en 1905. Seul le Père Detté y resta, jusqu’à ce que, le 19 décembre 1906, les "forces de l’ordre" viennent expulser ce vieillard de 70 ans. Bientôt embarrassé de sa conquête, l’État mit Autrey (et Châtel confisqué lui aussi) à la disposition du département, qui pensa d’abord vendre Autrey, pour renflouer le budget de Châtel qui deviendrait hospice. On proposa le rachat à Mgr Foucault, pour 60 000 francs en 1910, mais l’évêque (qui avait rejeté les "cultuelles" condamnées par Pie X) refusa de "passer sous les fourches caudines" et une nouvelle fois Autrey fut livré.
La paix rétablie, les séminaires se remplirent à nouveau, et sous la pression de ses deux vicaires généraux, Mgr Maire et le chanoine Cousot ("ce sont eux qui m’y ont poussé") l’évêque repensa à Autrey. Les négociations reprirent en 1930, et Mgr Marmottin, succédant la même année à Mgr Foucault, recouvra Autrey pour 500 000 francs.
Une fois de plus, la guerre passa. Bombardée fin septembre 1944 - parce que les Allemands s’y étaient installés - l’abbaye subit le contrecoup de l’explosion des ponts qu’ils avaient minés en partant (28 et 29 septembre 1944). Une fois de plus Autrey pansera ses plaies. Et le séminaire rouvrira ses portes le 22 mars 1945. C’est pourtant à cause de ses nouvelles blessures qu’en 1952, parce que l’ébranlement de la maison avait fragilisé la charpente, les travaux permirent de découvrir les vestiges de la Salle Capitulaire et du Cloître de la première abbaye. Comme nous l’avons déjà noté, ce qui est aujourd’hui "l’oratoire Saint-Bernard " occupe la salle restaurée, et classée "monument historique" le 4 novembre 1955. Y est conservée une relique du saint abbé et l’autel fut consacré par Mgr Brault le 19 novembre 1953, en l’année bernardine.
Les notes accumulées par Mgr Bontems sont aujourd’hui déposées dans le fonds lorrain de la bibliothèque du grand séminaire de Saint-Dié, devenu Maison Saint Pierre Fourrier. Ce qui a été publié se termine sur 30 pages orchestrant magnifiquement la "visite archéologique" de l’abbaye, "à partir de l’entrée de l’église, en commençant donc par les constructions les plus récentes. C’est dire qu’au fur et à mesure que nous pénètrerons plus avant dans l’église, et que, de l’église, nous passerons dans le monastère, nous rencontrerons les siècles, et notre intérêt ira croissant "… Mais on ne peut pas résumer ces pages là ! Il faut aller voir Autrey, l’aller voir en s’étant imprégné des trente pages consacrées à sa visite par Mgr Bontems. Le petit séminaire a disparu aujourd’hui, fermé faute d’élèves pour la seconde fois en 1975…Mais "notre Dame d’Autrey" demeure. L’abbaye est en route vers son neuvième centenaire, avec la communauté des Béatitudes qui la peuple à présent. Mgr Bontems, qui ne manqua jamais d’y descendre à chacun de ses retours dans les Vosges, tant qu’elle abrita le petit séminaire, la voit maintenant dans la Lumière de DIEU. Et en cette année 2003 que le Pape Jean-Paul II a proclamée "année du rosaire", les chrétiens des Vosges aimeront aller vers elle… Notre Dame d’Autrey, priez pour nous !
9 mars 2003
25 ° ; anniversaire de l’entrée de Mgr Bontems
dans la Maison du Père. |











