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Saint Adelphe

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Publié le 11/07/2011

Troisième Abbé du Saint-Mont

Dans un précédent article ayant trait aux « Corps Saints » de Remiremont, nous avions fait plusieurs fois allusion à Saint Adelphe. Bien que, dans le nouveau propre, sa fête ne survienne que le 9 septembre, il nous a paru bon d’évoquer, à la suite ce pieux Abbé, qui prit une part si active aux débuts du Saint-Mont.

Traditionnellement et jusqu’au siècle dernier, Saint Adelphe a bénéficié, si l’on peut dire, de cette tendance naïve de grouper par les liens de parenté certains personnages de la même époque. Ainsi, on s’est plu à voir en lui le petit-neveu, voire même le petit-fils de Saint Romary et le frère de Sainte Gébétrude. Cette créance reposait sur une « Vie » légendaire composée seulement au milieu du XIe siècle, c’est-à-dire à l’époque de sa « canonisation » par Saint Léon IX.

On s’attache plus volontiers aujourd’hui à une biographie anonyme, qui, dans sa brièveté même, a le mérite d’être beaucoup plus exacte, ayant été rédigée par un contemporain. On tend d’ailleurs à l’attribuer à Jonas, auquel on doit pratiquement tout ce qu’on sait de sûr, touchant les débuts de l’ère colombaniste et de notre Saint-Mont.

Ni le lieu, ni la date de naissance de Saint Adelphe ne sont précisés ; toutefois, par rapprochement de certains traits, ce pourrait être en Austrasie et dans le premier quart du VIIe siècle . Son père, Bethilin, noble Sicambre, et sa mère, Asselberge, s’ils ne vivaient pas à la cour de Metz, devaient y avoir pour le moins des relations. Car nous les voyons s’entremettre avec le leude Romary pour lui faire aussitôt baptiser leur enfant sous le nom d’Adelphe, avec Saint Amé comme parrain. Heureux auspice qui allait marquer sa destinée et l’orienter vers les Vosges. Devenu adolescent, Adelphe fut confié à Saint Arnould. Ce dernier était-il encore évêque de Metz, ou bien s’était-il déjà retiré près du Saint-Mont ? Faute de date, il est impossible de se prononcer.

Toujours est-il que le disciple fut à bonne école. Instruit dans les belles lettres, il s’initie bien davantage encore à la vertu et à la piété. Car, au bout de quelques années, il entra au monastère du Saint-Mont en qualité de novice. Le chroniqueur ne tarit pas d’éloges sur le jeune homme, sujet d’édification pour toute la communauté. De belle prestance, Adelphe avait un physique des plus agréables ; un beau type de leude chrétien. Sa conversation enjouée, sa distinction attiraient d’emblée la sympathie, tant il était par ailleurs, modeste, délicat et pieux. Il en était arrivé, conclut notre chroniqueur, à reproduire trait pour trait la physionomie et la sainteté de Romary. Pareil compliment à double adresse ne vise, dans la pensée de l’auteur, qu’à édifier fidèles et moines du Saint-Mont.

Ne serait-ce pas aussi une habile transition ? Car, à la mort de Saint Romary, Saint Adelphe est, à l’unanimité, désigné pour lui succéder, bien préparé qu’il était déjà, depuis plusieurs années, par la direction spirituelle des Religieuses alors sous la crosse de Sainte Gébétrude. L’auteur que nous suivons ne dit mot de la prétendue parenté, et nous saisissons bien ici la manie à laquelle a cédé celui du XIe siècle, en faisant du nouvel Abbé le frère même de l’Abesse. Comme si Dieu avait besoin de ce facteur humain pour conduire son œuvre et réaliser ses desseins !

De son parrain, comme de son premier maître, Saint Adelphe avait hérité le goût de la solitude. Sans remonter par le Pont des Fées jusqu’à l’ermitage du Mort-Homme, ni descendre réoccuper la grotte du Vieux-Saint-Amé, il aimait se retirer hors de l’enceinte monastique, dans quelque recoin des pentes rocheuses. Là, il pouvait tout à son aise vaquer à la prière et à la méditation, se livrer aux rigueurs d’une pénitence qu’il recherche pour lui et que, par délicatesse, il ne pouvait imposer à ses ouailles.

Mais il tenait aussi de son compatriote Saint Romary, dont nous avons remarqué le sens pratique, le tempérament actif et entreprenant. Sous l’abbatiat de Saint Adelphe, qui devait durer 17 ans, l’œuvre naissante allait prendre un bel essor sur le plan matériel.

Le nouvel Abbé eut surtout le mérite d’appliquer au Saint-Mont la modification qui s’était opérée à Luxeuil, déjà sous Saint Eustaise, plus nettement sous Saint Valbert, successeurs immédiats de Saint Colomban. A la demande du Saint-Siège, la première règle, toute imprégnée encore de la rigueur irlandaise, s’était en effet progressivement adoucie sous influence de la spiritualité bénédictine. Ainsi, dans les débuts, le moine, par exemple, n’était « autorisé à se coucher qu’épuisé de fatigue et devait se lever avant d’avoir achevé son sommeil ». Toute infraction relevait du Pénitentiel déconcertant, rédigé de la main de Saint Colomban.

Sans y avoir été moine, mais ayant reçu la consécration abbatiale à Luxeuil, Saint Adelphe se tenait en étroite liaison avec l’abbaye-mère et s’adaptait à son rythme. En sorte que le Pénitentiel, si copieusement fourni, fut au Saint-Mont interprété de façon plus humaine, surtout pour les Moniales, qui n’existaient pas à Luxeuil. Il apparaît ainsi que, par la sagesse de son gouvernement, le troisième Abbé devait marquer pour l’avenir toute la spiritualité du Saint-Mont. Des fondateurs, il avait reçu une lourde succession ; il allait la passer à l’un de ses moines, nommé Garichramne, et terminer sa vie dans des conditions vraiment curieuses, rapportées avec un luxe de détails par le biographe.

Au cours de sa dix-septième année d’abbatiat, Saint-Adelphe, qui avait délibérément pris sur lui la rançon des adoucissements apportés à la règle, se sentit défaillir à force d’austérités. Son état s’aggravant, il rassembla toute la communauté en un ultime chapitre pour lui dire : « Frères et Sœurs bien aimés, je vous prie de me transporter à Luxeuil ; c’est là que je veux livrer mon dernier combat, soutenu par la prière de tous mes frères ». Dernière volonté qui s’explique peut-être du fait que Luxeuil comptait alors six cents moines. Il n’empêche qu’elle est bien étrange de la part d’un mourant, si l’on songe aux ambulances et aux routes dont on disposait alors !

Son vœu fut néanmoins exaucé, et l’Abbaye-Mère reçut ce grand malade avec beaucoup d’égards. On le confia à frère Emmon, l’infirmier, qui l’entoura de mille prévenances inspirées de la plus pure charité, au point que la postérité en fit un Saint « honoraire » du Saint-Mont. Il a, en effet, sa stèle et son auréole, nous l’avons vu, auprès de Saint Adelphe, dans le jardin paroissial de Saint-Amé.

Saint Adelphe s’éteignit le 11 septembre 670 en murmurant « Christ, venez à mon aide ! ». Tandis qu’on l’ensevelissait, un courrier, parti aussitôt pour le Saint-Mont, y parvint au milieu de la nuit. Garichramne, en toute hâte, gagna Luxeuil avec une escorte de moines. Le lendemain, un cortège processionnel, croix en tête et force cierges entourant la vénérable dépouille, prit le chemin du retour. Au gué de la Moselle — le pont Le Prieur n’existait pas encore — voilà que Sainte Gébétrude et toutes ses filles étaient venues à la rencontre. Suivi d’une masse de peuple qui s’était agrégée en cours de route, tout ce monde gravit les pentes du Saint-Mont , au chant des psaumes. Le corps fut déposé à découvert à l’église Saint-Pierre, où se fit la messe des funérailles ; l’inhumation, dans un sarcophage en pierre, suivit à l’église Notre-Dame, où reposaient déjà Saint Romary et Saint Amé. Pendant deux siècles exactement, ce sont donc les Religieuses qui allaient, de façon continue par la « louange perpétuelle », monter une pieuse garde auprès des fondateurs.

Par la suite, les restes de Saint Adelphe partagèrent la destinée des « Corps Saints », dont nous avons esquissé la longue histoire. Précisons seulement qu’à Remiremont les reliques du troisième Abbé « canonisé » avec les autres par Saint Léon IX reposaient dans une châsse sur l’autel Saint-Paul, coté Evangile. Il fut, comme ses compagnons, l’objet d’un culte entretenu par des prodiges et des miracles qu’il n’est pas question de rapporter ici. Mais Valdenaire, prieur d’Hérival, nous en a laissé, dans le style savoureux du XVIe siècle, l’énumération détaillée, tout au long de son « Registre des choses mémorables de l’église Saint-Pierre de Remiremont ».

Jusqu’à la Révolution, les Chanoinesses ont célébré l’office de Saint Adelphe au « dies natalis », le 11 septembre, sous le rite double du IIe classe avec octave. « Ce jour-là, précise le Rituel, il y a offrande sans procession ; on dit la grande Messe à l’autel de Saint Romary ».

Le culte de Saint Adelphe ne semble pas s’être étendu au-delà du domaine de Remiremont. On ne le trouve titulaire d’aucune église ou chapelle de notre diocèse. Nous n’avons pas rencontré davantage une seule statue ou tableau à son effigie, du Moyen-âge ni de l’époque classique.

Il faut attendre le XIXe siècle pour voir Saint Adelphe représenté en vitrail. Iconographie pauvre et, somme toute, de bien fraîche date. A Remiremont, il figure avec sept autres personnages du Saint-Mont sous la rose du transept sud. Lorsqu’en 1858 on restaura, pour le Séminaire, la belle église abbatiale d’Autrey, il eut son vitrail dans la chapelle sud, dédiée à Saint Nicolas. Mais ce fragile hommage a, hélas ! disparu dans la bataille de 1944. Par manière de réparation toutefois, le bon Saint a retrouvé sa place parmi les Saints de chez nous qui, aux verrières des bas-côtés, font escorte d’honneur à Saint Pierre Fourier, dans la basilique de Mattaincourt.

Agenda diocésain
Samedi 26 avril 18:00-19:00
Paroisse Sainte-Odile
Dimanche 27 avril 10:00-11:00
Paroisse Sainte-Odile
Dimanche 27 avril 10:30-11:30
Du 27 avril 16:00 au 3 mai 13:00